T’y peux rien

Le squeegee sous la pluie, son air désemparé
Et sa faim qui regarde les files d’autos pressées
T’y peux rien, c’est la vie

L’homme qui perd son boulot avec sa dignité
La voisine qui relève sa jupe pour le loyer
Les enfants qu’on détourne dans des lits monnayés
T’y peux rien, c’est la vie
La ville qui se referme sur des âmes égarées
Les ruelles où s’enferment ceux qui vont tout lâcher
Ces êtres naufragés au fond d’un vieux goulot
Leurs mémoires fracassées dans les vents du métro
T’y peux rien, c’est la vie
C’est ce qu’on s’dit
C’est ce qu’on s’dit

Les frappes chirurgicales des guerres aseptisées
Et les pages d’un journal qui n’arrêtent pas d’tourner
Tous ces gamins-soldats et leurs jouets de Chine
Les pierres de la charia, le Tibet qu’on assassine
Notre luxe à deux sous fabriqué à la chaîne
Au cœur des bidonvilles, la sueur à deux cennes
Pas vu, rien dit
C’est ce qu’on s’dit
C’est ça qu’on s’dit

La vieille qui tend la main aux passants aveuglés
Le goût d’la soupe à rien qu’elle aura pour souper
T’y peux rien
Les musiciens d’ailleurs avec leurs doigts tranchés
Ce village planétaire de peuples d’étrangers
T’y peux rien, c’est la vie
C’est ça qu’tu t’dis
C’est ça qui s’dit

Ces yeux verts que je croise
Au printemps sous les fleurs
Quand la chaleur embaume
Les alcôves des cœurs
C’est aussi ça la vie
On oublie
C’est c’qu’on s’dit
On oublie