Pierre Du Calvet

Le soleil de la France à nos yeux s’éclipsait
Des guerres la rougeur sanglante s’effaçait
Un petit peuple encore à sa première enfance
Quelques déshérités, désarmés, sans défense

Nul danger du dehors, rien à craindre au dedans
La persécution pouvait montrer les dents
Et justice empruntée au code de vipères
Se venger sur les fils du courage des pères

Alors on vit, devant le spectre au front hideux
Un homme se lever et crier: à nous deux!
C’était toi, Du Calvet, qui méprisant la rage
Du despote, osait seul tenir tête à l’orage

Ta sentence de mort ce jour-là fut écrite
En butte désormais à la haine hypocrite
Un tyran que l’histoire a marqué au fer chaud
Lui confisque ses biens et le jette au cachot
Et pendant qu’il languit sous les verrous du sbire
Troupeau fanatisé que la vengeance inspire
Trouvant que leur victime était trop peu punie
D’une épouse mourant abrègent l’agonie

Vaincu dans une lutte, il en provoque une autre
Et porte auprès du roi sa cause avec la nôtre
On l’écoute, on s’émeut; -le barbare Haldimand
Par ses pairs est mandé devant le parlement

L’accusateur triomphe, et, refoulant ses larmes
Retraverse les mers pour mieux fourbir ses armes

Son fils est près de lui sur le pont du vaisseau
Hélas! Le vieux lion et le lionceau
Victimes d’un hasard qui confond la pensée

Disparaissent tous deux pendant la traversée