Moutons

Quand sur les bords du Saint-Laurent
Un petit mouton vient à naître
Sitôt son papa lui apprend
Ce que tout mouton doit connaître
Qu’il n’existe qu’une manière
De moutonner paisiblement
C’est de bien suivre le derrière
Du mouton qui marche devant

Comme dans toutes les sociétés
Bien sûr de soi-disant apôtres
Se sont avisés de brouter
Loin des quatre-vingt-dix-neuf autres
Mais quand ils mordent la houlette
Des bergers de l’autorité
On les transforme en côtelettes
C’est c’qu’on appelle la liberté

Dieu merci du vaste troupeau
La majorité silencieuse
Préfère le chant des pipeaux
Aux guitares des aboyeuses
Aussi dans ses blancs pâturages
Se laisse-t-elle en tout repos
En souriant, sans cris, sans rage
Manger la laine sur le dos

Pendant c’temps-là les braves bergers
Qui se prennent pour des artistes
À l’ombre du fleurdelisé
S’font passer pour saint Jean-Baptiste
Mais pour le jeûne ils s’en dispensent
Et le spectacle terminé
Qui sait qui leur remplit la panse
Toujours des p’tits agneaux dorés

Qu’est-ce qu’on peut faire pour des moutons
Lorsque l’on est mouton soi-même
J’ai beau me gratter la toison
L’obsession demeure la même
J’en suis réduit dans ma folie
Dans ma troublante déraison
Pour combattre les insomnies
À compter les petits moutons

(Tant qu’il en reste…)