Le trophée

Petite, belle à croquer,
Boudins blonds, petit nez,
Regard clair, rire franc,
Sage comme un ange.

Fier d’elle, partout la traînait.
Elle, timide, se cacher préférait,
Gênée par tant d’exhibition
Tel un trophée en exposition.

Souvent, longtemps la berçait;
Seul contact humain elle avait.
Bientôt la jalouse s’arrangeant
Pour les séparer sûrement.

Abandonnée à elle-même,
À force d’indifférence,
Sa survie: sa voix, son refuge.
Bien belle, mais piètre armure...

Longtemps, longtemps plus tard
Les feux de la rampe l’appellent;
Tout à coup, intéressante devient-elle.
À sa place, on est parti pour la gloire.

Fier de lui-même plus que d’elle
À s’en péter les bretelles;
Tout un trophée que celui-là...
Toute la ville est en émoi.

Malheur lui en prit,
Mauvais gestes entreprit,
Nuisance en découla:
Son trophée, il l’aura pas!

Un souvenir la hante,
Une phrase dans un bois:
«Papa, attends-moi,
Je t’en supplie!»

La gloire, fût-elle désirable,
Souhaitable, appréciable,
N’est rien à comparer
À l’amour comme trophée.