Hymn’mortels

Qu’est-ce qui me pousse,
Moi,
À vouloir jeter
Sur cette page blanche
Des mots
Qui n’ont pas la richesse
De vos vers.

Verlaine, Baudelaire,
Gœthe et tous les autres,
Trop encor ne connaissent
Que le son de votre nom!

Vous avoir chantés,
Quel privilège.
Tant de beauté,
Tant de lumière.
La poésie,
La plus belle des chansons.

Bien humblement,
Très bas
Je m’incline
Devant votre art.

Mais qu’est-ce qui me pousse,
Moi,
Ver de terre,
À cette tâche bien singulière!

Le spleen,
Mes quarante ans,
Mes cheveux blancs,
L’absence,
L’indifférence.

Quoi?
Sans Poulenc,
Sans Hugo,
Wolf de ton nom,
Sans Schubert,
Sans Claude,
Debussy, ton nom,
Sans vous, ces poètes
Si dignement célébrés,
Auraient-ils été,
De moi peut-être,
À jamais ignorés,
Qui sait...

Bien humblement,
Très bas
Je m’incline
Devant votre art.

Ah! La musique,
Ma seule passion.
La coupable.
Ma salvatrice,
Ma complice,
Ma damnation.

Mais qu’est-ce qui me pousse,
Moi,
À oser
Noircir quelque utopique portée...
Le spleen,
Mes quarante ans,
Mes cheveux blancs,
L’absence,
L’indifférence.

Vous, des immortels,
Moi, rien de tel.

Humblement, oui,
Je recommence.
Mais toujours
Dans l’espoir
De vous chanter encore.