Prière

Peut-être que je suis un craqué
Car alors que je sais que je vais vers ma mort
Je sais que s’élève fort en mon for une psalmodie
Écoute, elle gronde et sort de mon intérieure vallée
C’est une prière que je souhaite ici te partager

Mais elle n’est ni de la Bible
Ni du Coran ni de la Torah
Mais elle naît d’elle-même
Elle s’imbibe
Dans les corps en vie
À tord à travers
Libre

Une prière
Qui sans chercher à ancrer à tout prix
Le sens du sacré dans mon crâne
Tente tout même d’inverser
Les crachats que j’ai crachés
En de nacrés chakras
Consacrés à ce que j’me sacre
La sainte paix une bonne foi pour toute
Et sans doute

Une prière
Qui se hasarde hors de tout calcul émotif
Une prière qui n’a pas besoin de motif
Une prière qui n’a pas besoin de temple
Ni de cathédrale ni de pyramide
Parce qu’elle est amie des sapins et des ifs

Une prière
Comme un courage
Un affront d’être naïf
Naïf dans le carrousel de l’importance
Que nous avons donné à la gravité
La gravité, voyons donc!

Ma prière rumine Rûmi
En me répétant: «la vie c’est de l’impro»
Faites de votre mieux pour être votre propre prophète
En fait, trop facile est de fuir le Raël
De devenir des professionnels du doute
Des pros testant la foi des autres
Chaque apôtre attrape ce qu’il peut
C’est bon si t’attrapes autre chose
Que ce que tout le monde veut

Mais si tu te sens si Confucius
C’est peut-être que Tao blié Lao-Tseu v’nait
Au fond, chacun dans son cœur a son propre minaret
Que ce soit Azan, les vêpres, les Upanishad un gospel qui retentisse
C’est toujours le même mantra qui s’y tisse:
Pou poum pou poum pou poum

Une prière
Lisse qui s’immisce dans les interstices de l’être
Qui fait plisser le factice, le fanatisme et les palisses du paraître
Une prière aux échos de la ville d’Ys

Rappelle-toi des pays de là-bas
Et l’or que nous avions pour rien dans nos bras
Nos maisons n’avaient même pas de portes
Et la foi nous n’en parlions pas tant tout était simplement là
Évidemment que je suis là et que je capote
Mais de capoter dans un monde à l’envers
C’est un peu d’apprendre à se remettre à l’endroit

Ma prière constate la déchéance même en moi
Mais elle donne semence à croire que même la haine
Même la haine au fond d’elle
Même la haine au fond d’elle-même
Même la haine au fond d’elle-même
Elle m’aime

Peut-être que je suis un craqué
Mais comme le dit mon ami le derviche conteur à sa manière:
«Vive les craqués, car ils laissent passer la lumière»