Le perron

Comme les arbres, elle regarde
Grandir les enfants
La vieille dame connaît bien
La présence du temps

Le perron des souvenirs
Et deux générations
Au balcon des sourires
Respire l’accordéon

Depuis tellement d’années
Qu’elle habite au premier
On lui dit aujourd’hui
Qu’son bonheur est ailleurs, est ailleurs

Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans l’quartier
Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans ce quartier
Qu’elle a toujours aimé

Comme les arbres, elle entend
Le soupir des passants
Cour d’école au soleil
Et klaxons au réveil

Les Chinois d’à côté
Les fleurs du Portugal
Cordes à linge accrochées
Aux croix du mont Royal

Au perron des jours gris
Elle balaie les feuilles mortes
Le progrès sans respect
Jour et nuit à sa porte, à sa porte

Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans l’quartier
Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans ce quartier
Qu’on lui dit d’oublier

L’appétit des gratte-ciel
Se fout bien des ruelles
Sous la neige et l’oubli
Reste un perron détruit

De sa chambre, on peut voir
Tous les nouveaux trottoirs
Les condos, les miroirs
D’un pays sans mémoire, sans mémoire

Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans l’quartier
Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu
Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans l’quartier
Comme si elle n’avait jamais, jamais vécu dans ce quartier
Qu’elle a toujours aimé
Qu’elle a toujours aimé
Qu’elle n’a jamais quitté