Les Paspéyas

Paspébiac s’éveille. – À peine l’aube glisse
Ses premières lueurs sur l’infini mouvant,
Que l’un des vieux pêcheurs du faubourg déjà hisse
Sa voilure ondoyante au souffle âpre du vent.

Un groupe de vaillants s’en va jeter les lignes
Au mitan de la Baie où mord le poisson franc.
Les voiles au lointain semblent des vols de cygnes
Traînant l’ombre de leurs ailes sur le flot blanc.

Soudain un bruit de chaîne arrive à notre oreille...
Le vieil éclaireur vient de jeter le grappin
Et l’on tire à foison de la vague profonde
Les voraces haddocks aux nageoires d’argent.

Battant la marche à toute une blanche flottille
Qui cingle, alertement, le cap sur le soleil.
Et, lorsque midi luit sur l’onde moutonneuse
La flottille gaîment revient au barachois.

Leur cœur constamment flotte entre l’onde et la terre.
En labourant le sol si calme des aïeux
À chaque aube nouvelle, ils partent pour la pêche;
Tous les soirs, dans les prés que Dieu seul irrigua,

Ils mouillent de sueur la faucille ou la bêche,
Et bien rares pour eux sont les jours de dégrat.
Battant la marche à toute une blanche flottille
Qui cingle, alertement, le cap sur le soleil.

Leurs nerfs d’acier les fait triompher des tempêtes;
À nul de ces pêcheurs le suet n’est fatal;
Une longue vieillesse auréole leurs têtes.
Tous s’éteignent tournés vers le grand Banc natal.

Battant la marche à toute une blanche flottille
Qui cingle, alertement, le cap sur le soleil.