L’héritage

J’suis descendu par chez-nous, c’était pour y veiller
Quand j’suis arrivé là-bas, j’suis allé voir le curé
À l’enterrement de mon père, j’étais convoqué
Au salon funéraire, la place est désertée
Pas de mère, pas de frère, pas de parenté
Ils ont d’autres choses à faire, de l’argent à gagner
«Priez pour sa pauvre âme» me dit monsieur le curé
J’sais pas trop comment faire, j’vais quand même essayer:
«Je vous salue Marie, j’m’excuse de déranger»

C’est à ce moment-là que le miracle est arrivé
Le cadavre de mon père se met à se lever
Il me dit: «N’aie pas peur, je voudrais te parler»
À c’t’heure qu’il est mort, je vais pas me gêner
Pour mon enfance de marde, je l’ai envoyé chier
Il était toujours saoûl pis jamais là pour moi
Il me dit: «T’es impoli mais au moins tu t’es pointé
Je ferai donc de toi mon unique héritier
Prends ma bouteille de fort, c’est tout c’que j’ai à léguer

Prends bien garde mon fils, n’en prends pas de gorgée
Cette bouteille est maudite, elle n’est jamais vidée
Il y a dans ce flacon toute ma vie gâchée»

Juste pour le contredire, j’en ai pris une gorgée
Je ne suis pas comme toi, je saurai m’arrêter
Je saurai m’arrêter après une autre gorgée
Je saurai m’arrêter, encore une autre gorgée
Encore une autre gorgée
Encore une autre gorgée
Encore une autre

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